PISTE

Le feuilleton de Glasgow – Day Five – Des tricks et du trac, une Madison en bronze.

On a fait la grasse matinée. Pas besoin de se lever tôt, parce qu’il ne faut pas longtemps à nos sprinteuses pour se qualifier pour les 8e de finale de la vitesse individuelle. Puis sur Green Park, on a bouche-béé devant les tricks d’Anthony Jeanjean, avant que sa chute nous attriste. Enfin, dans le ventre du vélodrome on a vu Victoire et Clara danser la Madison : elles en ont eu pour leur..bronze.

Mathilde et Marie-Divine passent le premier tour

Selon les spécialistes (data analystes et championnes croisées dans l’ascenseur) les conditions de piste ne sont pas top ici à Glasgow. Nos poursuiteuses pourtant médaillées étaient un peu déçues par leur temps – eu égard à leurs données de puissance, sur une piste plus rapide, elles seraient sans doute descendues à cette barre symbolique des 4’10.

Même cause même conséquence ce matin au moment des qualifications du sprint féminin. Si Mathilde Gros, Marie-Divine Kouamé et Julie Michaux trois sprinteuses ont passé le stade des qualifications, en 6, 15 et 20e positions, on ne savait plus que penser des temps et des classements. D’après Anthony Barré, les chronos de nos trois sprinteuses sont bons au vu des conditions. « C’est juste que les Anglaises ont été incroyables », explique-t-il. Espérons que leur revienne aussi la confiance, et conséquemment la constance qu’on leur a connu.

Quant aux matches, on le sait, ils réclament une science complète de la vitesse : aux capacités physiques il faut ajouter le sens tactique. Mathilde et Marie-Divine se sont sorties de ce premier tour (1/16e de finale) sans difficulté, éliminant respectivement l’Australienne Shaane Hazel Fulton, et la Canadienne Sarah Orban. La suite du tournoi est pour demain mardi.

Tricks et chute

Un passage par Glasgow Green, le plus ancien parc de la ville, où est dressé le Freestyle Park, s’imposait. Aujourd’hui, après que la pluie eut étalé sur deux jours au lieu d’un le déroulement des qualifications, la nécessité de respecter le planning avait obligé l’organisateur à supprimer un tour. C’est donc une finale au format inhabituel, à 24 et non pas 12 riders, qui se tenait ce dimanche. La pluie tombait moins mais les nuages pesaient sur le park, tapant sans doute sur les nerfs déjà éprouvés des compétiteurs.

On attendait beaucoup d’Anthony Jeanjean. Le triple champion d’Europe (2019, 2021 et 2022), médaillé de bronze des Championnats du Monde 2022 était un prétendant au titre plus que crédible.

Il présentait un run ambitieux et original, qui impressionnait déjà quand il a chuté une première fois. Pour son deuxième passage, le leader de l’équipe de France comptait exactement sur les mêmes lignes et les mêmes tricks : malheureusement, il renouvela aussi la chute, intervenue au même moment, sur la même figure. C’est un Jeanjean déçu bien sûr, mais surtout perplexe que nous avons entendu après-coup. « Je ne sais pas quoi dire, car c’est un trick que je maîtrise parfaitement, je l’ai passé des dizaines de fois à l’entrainement, et encore ces derniers jours. Chuter sur un truc que tu maitrises très bien ça peut arriver, mais pas deux fois de suite. C’est sûr que les conditions n’étaient pas idéales, mais c’est à moi de m’adapter, je ne peux pas mettre ça sur le compte du froid, du vent, ou de je ne sais quoi. Je vais devoir analyser ce qui s’est passé, et surtout, retourner au travail. »

Dommage, on se souvient avoir déjà vu Anthony renverser la tendance sur une deuxième run. Il semblait prendre ce chemin : quand les oh ! et les ah ! enflent dans l’assistance, il y a peu de chance que les juges voient les choses dans l’autre sens. « C’est d’ailleurs une force de notre sport : intuitivement, le public repère immédiatement les bons runs. » C’est lui qui le dit.

Dommage, on se souvient avoir déjà vu Anthony renverser la tendance sur une deuxième run. Il semblait prendre ce chemin : quand les oh ! et les ah ! enflent dans l’assistance, il y a peu de chance que les juges voient les choses dans l’autre sens. « C’est d’ailleurs une force de notre sport : intuitivement, le public repère immédiatement les bons runs. » C’est lui qui le dit.

Dommage, on se souvient avoir déjà vu Anthony renverser la tendance sur une deuxième run. Il semblait prendre ce chemin : quand les oh ! et les ah ! enflent dans l’assistance, il y a peu de chance que les juges voient les choses dans l’autre sens. « C’est d’ailleurs une force de notre sport : intuitivement, le public repère immédiatement les bons runs. » C’est lui qui le dit.

Pendant que nous nous tenions sous la tente réservée aux interviews, c’est le Britannique Kerian Reilly qui arrachait plus de 95 points aux juges, et la médaille d’or avec.

Grosse chaleur

La météo d’un vélodrome, c’est un peu déroutant, mais c’est très simple : il fait frais dans les coursives (faut dire qu’on est relativement loin de l’équateur) et dès qu’on ouvre la double-porte qui accède aux gradins et à la piste elle-même, on prend une bouffée d’air chaud façon où-en-est-la-cuisson. La porte je l’avais encore en main, quand j’ai entendu ce grand bruit que font les coureurs qui dégringolent sur la piste. L’élimination hommes débutait par une chute. Après neutralisation et reprise, nous avons assisté à une course où Donavan Grondin a laissé dix coureurs en piste. Et où personne, pas même une chute lui ayant bien poncé la fesse droite, n’a pu contester la victoire à l’Anglais Ethan Vernon, surpuissant.

Le clou d’une bonne soirée

Si vous voulez un secret pour animer vos soirées, pensez à organiser une Madison. Une Madison fait toujours le clou d’une bonne soirée (et pas n’importe quel clou, le genre tapissier, Louis XV). Celle qu’on a vue ce soir, c’était chaud-patate – les filles sur la piste n’avaient pas froid aux yeux, et n’étaient pas là pour bavarder. La paire formée de Clara Copponi et Victoire Berteau débute bien, prenant rapidement la tête – avant d’être rattrapée par des Anglaises au-dessus du lot (vaut-il de souligner que le Royaume-Uni domine outrageusement ce Mondial sur piste ?) La stratégie des Françaises, c’était de faire un sprint sur deux. Or, sur un des sprints qu’elles ne disputaient pas, les Anglaises (toujours elles !) ne se sont pas relevées, ce qui a valu à nos coureuses quelques tours de chasse qui leur ont coûté cher. Les voyant bientôt reléguées à la cinquième position, on commençait à comprendre que la seule façon de décrocher encore une médaille, c’était de remporter le dernier sprint (dont les points sont doublés.)

Ici, soyons honnête : eu égard à la supériorité de la paire Barker-Evans, on n’y croyait guère. Et voici, pour compliquer l’affaire qu’une chute (je veux dire, pas une glissade : de la chute qui s’envole, qui se monte dessus et qui retombe qui sur le dos qui sur la tête – de la chute pas loin de plomber l’ambiance) intervient à 9 tours de l’arrivée et que la neutralisation de la course est décidée à… 2 tours de l’arrivée !

Le temps que les secours nous rassurent sur l’état des deux concurrentes accidentées, et voici les filles reparties pour 9 tours endiablés.

Et voilà que les Françaises s’arrangent pour ce replacer dans l’exacte configuration où elles étaient avant la suspension de séance. Laissons Victoire Berteau raconter « On était à 2 tours, quand j’ai lancé Clara, qui était en 4e position, et j’étais sûre qu’elle allait taper au moins 6 points avec la 2e place. En plus nos principales concurrentes étaient mal placées. Donc, chute ou pas chute, ça aurait été la même chose. » Victoire a raison, à un détail près, qui est que Clara, qui s’est arraché du fond des tripes un de ces derniers rushes dont elle a le secret, n’a pas décroché la seconde place, mais la première. Sans doute la rage d’aller décrocher une sixième médaille mondiale qui ne soit pas d’or – lequel viendra à son heure, mais lui est promis, aussi sûrement qu’est réglée la course des astres. Ne me remerciez pas, j’ai une boule de cristal.

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