Manager de l’équipe de France professionnelle route, Thomas Voeckler détaille les ambitions de l’équipe de France pour le mondial 2019 dans le Yorkshire.

 

France Cyclisme : Comment as-tu construit ton groupe, Thomas ?

Thomas Voeckler : « Le parcours déjà est un élément déterminant, il convient de bien le reconnaître et de l’analyser. J’ai eu la chance de pouvoir rouler dessus lorsque j’étais coureur pour la partie en ligne. J’ai vu le circuit final en mai à l’occasion de l’édition 2019 du Tour du Yorkshire. Après ma sélection s’est faite en deux temps, aujourd’hui, il reste une place à pourvoir, puisqu’à l’heure actuelle sept coureurs sont retenus. Trois coureurs ont été informés très tôt du fait de leur profil qui correspondait aux caractéristiques du parcours qu’ils étaient sélectionnés, mon choix s’est fait par rapport à ces trois coureurs que Julian Alaphilippe soit présent au sein de la sélection ou qu’il n’y soit pas. Si le numéro 1 mondial, coureur tout terrain, qui peut être bien sur ce mondial, était présent ou absent cela conditionnait de toute manière les données de la sélection à effectuer… »

 

FC : Julian présent cela conditionne quoi…

TV : Quand Julian m’a annoncé qu’il avait bien récupéré du Tour, et qu’il me donnait son feu vert pour le sélectionner pour le Mondial 2019 route dans le Yorkshire, qu’il était motivé, j’ai finalisé ma sélection avec lui et son entraîneur. Ce qui me paraît logique. Je voulais un groupe capable de bosser à 100% pour lui, que Julian soit à l’aise, mais de toute manière il fait l’unanimité au sein de l’effectif retenu pour ce mondial. Julian a tant et tant donné cette année, que le Mondial, s’il venait à le réussir, ne serait qu’un bonus supplémentaire à ajouter à sa fabuleuse saison 2019. C’est clair en tout cas que c’est notre meilleure carte. J’avais besoin de coureurs pour travailler en sa faveur, la France est par bonheur une grosse nation du cyclisme sur le plan international, et nous aurons besoin de coéquipiers pour travailler dès le début de course, puis sur le final de l’épreuve ».

 

FC : As-tu apprécié la franchise de Warren Barguil, Champion de France, qui a décidé de laisser sa place à un coureur plus typé pour cette épreuve que lui ?

TV : « Quand un coureur est motivé pour une épreuve on regarde le parcours, et on sait si celui-ci entre dans ses cordes ou pas. Thibaut Pinot, Romain Bardet, Warren Barguil n’avaient pas le profil pour ce Championnat du Monde. Tous les trois savent en revanche que l’an prochain il y aura de belles possibilités d’expression pour eux avec les Jeux Olympiques de Tokyo et les Championnats du Monde sur route 2020, à Martigny, en Suisse, voire les Championnats d’Europe en Italie. Warren Barguil ce n’est pas d’aujourd’hui que c’est une personne lucide et objective. Il est clair que l’an prochain il pourrait davantage être amené à porter les couleurs de l’équipe de France sur des compétitions dont le tracé correspond davantage à ses qualités de grimpeur. C’est bien en tout cas que le coureur sache s’il peut être utile ou pas au groupe, et c’est ce que j’ai recherché pour ce collectif France 2019 au Yorkshire. Pour entourer un coureur comme Julian, il faut des coureurs qui soient installés dans le peloton international, qui soient respectés par les adversaires, et qui sachent rouler placés, car le parcours est très technique. Il y aura une guerre de placement sur les 110 derniers kilomètres, en plus de l’usure inhérente à la distance. 300 kilomètres en fin de saison, ce n’est pas neutre, il faut avoir de la caisse, savoir frotter, affronter d’éventuelles mauvaises conditions météo ».

 

FC : Le 8ehomme sera connu quand ?

TV : « Je me donne encore un moment de réflexion par rapport à la dernière place à accorder. Je veux attendre les Grands Prix au Canada avant de l’annoncer ».

 

FC : L’objectif fixé pour ce mondial

TV : « Je n’ai jamais été adepte de la langue de bois, autant aux JO les trois premières places sont importantes, autant sur un mondial ce qui importe ce la victoire. On vise le titre avec Julian, mais cela ne veut pas dire qu’il aura tout le poids de l’équipe de France sur les épaules, néanmoins notre seule vraie chance d’être sacré Champion du Monde c’est avec lui, aucun autre coureur du groupe ne m’en voudra de dire cela. L’objectif c’est la victoire, mais cela reste du sport et un seul coureur atteindra ce but au soir de la course. Mais quand on a le numéro 1 mondial au sein de son équipe, même s’il ne doit rien, qu’il nous enchante depuis plusieurs années, que cette saison a déjà été exceptionnel, qu’il reste motivé pour cette échéance dans le Yorkshire, nous nous devons de travailler en sa faveur en Grande-Bretagne. On ne vise pas un top 10, ou alors mettre trois coureurs dans le top 20, non. On espère la victoire, après cela passe par une belle course d’équipe et avec une stratégie que l’on espère mettre en place. Mais Julian ne joue ni sa vie, ni sa carrière sur cette course.

 

FC : L’épouvantail peut-il être Matthieu Van Der Poël ?

TV : « Non, pas l’épouvantail, mais bien sûr que ce coureur est un phénomène. Il possède une pointe de vitesse énorme, après reste la question de la distance. Et c’est là que réside mon petit espoir vis-à-vis de lui afin qu’il soit un peu moins bien dans le final, car il y aura 285 kilomètres à disputer, plus le fictif cela peut monter jusqu’à 300, à cette période de l’année, plus le dénivelé sur la partie en ligne, cela fait beaucoup, sans oublier le circuit final en prise. Il peut être Champion du Monde, mais la distance sans avoir disputé de Grand Tour, peut jouer en sa défaveur. Après on voit la saison qu’il fait, et quelque-soit l’outil qu’il touche VTT, vélo de route ou de cyclo-cross, il excelle. Nous, en tout cas, on ne se focalisera pas sur un coureur, ce serait à mon sens une erreur. Les favoris sont nombreux et sans faire une liste exhaustive, on peut citer comme cela Matthews, Trentin, Colbrelli… mais rien ne sert de faire la liste maintenant. Il y a du temps qui va passer, des états de forme qui vont varier encore. Notre objectif principal au soir de la course sera de ne pas nourrir de regrets ».

 

FC : L’équipe du relais mixte a été remodelée ?

TV : « Oui, car le parcours en Grande-Bretagne, est tout en prise contrairement à celui des Championnats d’Europe qui était tout plat, et plus long. J’apprécie cette épreuve que j’ai découvert aux Pays-Bas, c’est un bon moyen de promotion pour la mixité de notre sport.  J’ai pris deux coureurs de la Groupama-FDJ car je pense que pour disputer cette compétition, il faut bien se connaître et avoir couru ensemble, cela permet ainsi de gagner du temps sur la technique, et le passage des relais. Romain Seigle et Bruno Armirail sortiront en plus de la Vuelta, et Jérôme Cousin arrive avec de la fraîcheur puisqu’il s’était cassé la clavicule lors de Championnats de France. C’est un spécialiste de l’effort solitaire, il est actuellement en forme ascendante et sur cette distance de 14 km, il sera très efficace lui aussi. On a un bon trio avec des gabarits assez similaires. Pour le chrono individuel, j’ai choisi Benjamin Thomas et Pierre Latour car ce sont deux spécialistes de la discipline. Pierre vient de terminer sixième du chrono sur la Vuelta, et Benjamin a aussi démontré depuis quelques temps ses belles aptitudes dans cette discipline ».

 

La sélection tricolore

 

Contre-la-montre

Benjamin Thomas (Groupama-FDJ), Pierre Latour (AG2R-La Mondiale)

 

Epreuve en ligne

Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step), Julien Bernard (Trek-Segafredo), Tony Gallopin (AG2R-La Mondiale), Christophe Laporte (Cofidis), Rémi Cavagna (Deceuninck- Quick Step), Anthony Roux (Groupama-FDJ), Florian Sénéchal (Deceuninck-Quick Step), le nom du 8ecoureur sélectionné pour le mondial 2019 au Yorkshire sera diffusé ultérieurement.

 

Relais mixte

Jérôme Cousin (Total Direct Energie), Bruno Armirail, Romain Seigle (Groupama-FDJ)

 

Hervé Bombrun