Crédit photo Mickaël Gagne

Membre du conseil fédéral, présidente de la commission route dames de la Fédération Française de Cyclisme, Claire Floret et son club de Courcouronnes ont mis sur pied récemment une épreuve « Pass’Cyclisme » entièrement dédié aux femmes. Retour d’expérience.

 

 

France Cyclisme : Pourquoi avoir organisé une épreuve « pass’cyclisme » réservé aux femmes ?

Claire Floret : « On pensait à ce projet depuis pas mal de temps en fait. On était parti du constat que sur les épreuves femmes, il y a souvent une grande disparité de niveau entre les concurrentes. Il y a souvent des filles qui débutent, d’autres qui sortent cadettes et se retrouvent d’un coup d’un seul dans le grand bain, d’autres qui évoluent au niveau national, d’autres encore au niveau international. Moi, à titre d’exemple, j’ai débuté en cyclisme à 24 ans, et c’était un peu compliqué pour suivre au début. Il y a beaucoup de filles qui débutent la compétition en début de saison puis qui lâchent au cours de celle-ci car elles ont du mal à suivre les meilleurs, à tenir le peloton, tout simplement. Nous avons toujours eu au sein du club de Courcouronnes l’idée de fidéliser de nouvelles licenciées, d’aller en chercher, et notamment celles qui souhaitent s’adonner au sport de compétition. On peut avoir l’envie de faire de la compétition mais pas forcément à haut-niveau ».

 

FC : Comment s’est passé la mise en place de cette épreuve ?

CF : « Il faut savoir que le comité régional FFC d’Ile-de-France posséde un gros réservoir de licenciés femmes « Pass’Cyclisme ». On a dressé ce constat avec la commission féminines du comité d’Ile-de-France, et c’est une idée que l’on mâture depuis une saison maintenant. Cette année, nous avons décidé de tenter l’expérience sur notre course de Courcouronnes. On ne savait pas du tout quelles retombées nous allions obtenir avec cette organisation. Mais au final, elles ont été en nombre de participation, bien au-delà de ce que nous avions imaginés avec le club et le comité régional FFC d’Ile-de-France, dans la mesure où vingt concurrentes ont pris le départ de notre épreuve « Pass’Cyclisme » sans que cela ne vienne siphonner le nombre de participantes sur la compétition toutes catégories que nous avons organisé quelques heures après, puisque 37 filles étaient au départ de cette épreuve.

 

FC : Qui étaient les participantes de cette épreuve « Pass’Cyclisme » ?

CF : « Nous avons eu pas mal de triathlètes qui ont pris des cartes à la journée, mais aussi des filles qui ont l’habitude de courir en « Pass’Cyclisme » hommes et qui ne veulent pas courir avec les femmes élite car elles jugent le niveau trop élevé, et qui se retrouvent de fait trop vite lâchées. Là, ces concurrentes étaient contentes de courir enfin à leur niveau et qu’avec des femmes. On a retrouvé aussi des compétitrices que l’on avait croisé en début de saison, et qui, comme je l’ai souligné, avaient abandonné car elles ne prenaient pas de plaisir, étaient lâchées très vite. Dernier profil que l’on a recensé, des mamans qui ont leur fille qui court, et qui grâce à cette épreuve ont pu remettre un dossard. On a eu notamment Bijana Nenadovic, sprinteuse, qui fait deux du sprint du peloton.

 

FC : C’est une expérience que vous allez renouveler ?

CF : « Oui. Absolument, sur notre course dès l’année prochaine, et sans doute sur d’autres épreuves d’Ile-de-France l’an prochain. Je pense que ce type d’action pourrait se diffuser dans certains autres comités lesquels possèdent un grand nombre de licenciés femmes, notamment le comité régional FFC de Bretagne. Il y a là-bas le nombre de filles licenciées suffisamment permettant d’organiser ce type de courses sans que les épreuves toutes catégories aient à en pâtir au niveau du nombre de participantes. Ce qui était pour nous un peu la crainte au départ, je l’avoue. On peut aussi faire venir de nouvelles concurrentes sur ces courses. Ce qui est important, c’est qu’elles peuvent agir sur ces compétitions. Le fait de développer différents niveaux d’épreuves chez les femmes représente, je l’avenir du cyclisme féminin car cela va créer des passerelles. En effet, ce n’est pas parce que certaines filles vont débuter en « Pass’Cyclisme » qu’elles vont rester tout au long de leur carrière à ce niveau. Cela peut-être pour certaines un axe de progression, lequel leur permettra d’intégrer par la suite des épreuves de niveau supérieur en franchissant palier par palier. A l’inverse des filles qui souhaitent ralentir leur pratique sportive, qui ont moins de temps peuvent continuer à se faire plaisir en compétition, à gagner des courses. »

 

 

Hervé Bombrun

Crédit photo Mickaël Gagne