Quentin Lafargue Champion du monde du kilomètre
Photo FFC

Quentin Lafargue qui courait depuis des années après un titre de Champion du Monde en individuel, a décroché celui sur la borne ce soir à Pruszkow, en Pologne. Interview

 

 

France Cyclisme : Ton temps en qualification, tu as cassé la barre de la minute ?

Quentin Lafargue : « Ouais, ouais le temps sur les « qualifs », après du coup, cela n’a pas été facile à gérer ! Honnêtement et de toute manière j’ai accepté d’avoir ses pensées, avec trois dixièmes d’avance, moins d’une minute, je me suis dit c’est « fait ». J’ai pensé à cela en étant le moins expressif possible, et je me suis reconcentré en me disant : « la moitié du boulot a été fait, et il faut concrétiser ». J’ai perdu tellement de fois que je n’ai pas du tout eu envie de m’enflammer, mais forcément il y a des pensées qui passent. Mais en finale je me suis mis une « race » de ouf, et je n’ai pas lâché ».

 

FC : Justement, aujourd’hui qu’est ce qui a changé pour que la victoire bascule de ton côté ?

QL : « Je n’en sais rien, franchement, c’est le destin, tout simplement… C’était mon jour. Bien sûr que je travaille toujours plus, j’apprends de cela et mentalement je me forge aussi. Il y a dix ans je disputais mon tout premier mondial ici, j’avais les yeux grands ouverts comme un gamin ! J’ai crié comme un fou quand Greg est devenu pour la première fois Champion du Monde de vitesse individuelle, lui aussi a crié en franchissant la ligne. Je me suis fait tellement de scénarii je passe la ligne et je m’en fous, je crie comme lui. Mais je n’ai pas eu assez d’énergie pour le faire à mon tour.  Je n’ai pas réalisé, je pense maintenant au travail fait, mon entourage, ma famille, mes proches, mes amis, le team QULD comme je les appelle, et tout le staff France. Je travaille depuis trois ans avec Clara, et si je suis là c’est grâce à elle, mais aussi à tous les entraîneurs que j’ai connus au cours de ma carrière. »

 

FC : Justement, c’est quoi la touche « Clara Sanchez » ?

QL : « La confiance, la possibilité de m’exprimer dans la programmation. C’est une jeune entraîneure, mais nous sommes assez proches l’un de l’autre. Je lui dis depuis le début de notre collaboration que moi je voyais la performance de telle manière. Nous partageons à peu près la même vision, et cela me va. Je me pose beaucoup de questions au quotidien, et je suis content aujourd’hui que cela paie. J’ai été Champion du Monde juniors, mais il fallait parvenir à concrétiser derrière. Je suis médaillé depuis 2015 sur les Championnats du Monde élite, avec une ou deux médailles à chaque fois. Je suis performant sur des disciplines qui me tiennent à cœur, la vitesse par équipes avec les copains, et le kilomètre même si longtemps j’ai fait deuxième, troisième, et même une fois deuxième ex-aequo ! »

 

FC : En vitesse par équipes, tu améliores ton record personnelle…

QL : « Oui mais je ne veux pas parler de cela, car je vois la vitesse par équipes comme une épreuve par équipes. Je n’aime pas du tout que l’on mette en avant, ou que l’on pointe du doigt les moins de l’équipe. On part à trois, et on gagne ou on perd à trois. Je suis fier de cette médaille que l’on est allé chercher avec les copains ici, et point. Je suis content d’avoir gagné la borne, je vais porter un beau maillot pendant un an. J’en suis super content. Être Champion du Monde élite cela faisait partie des choses que je voulais cocher avant la fin de ma carrière. C’est fait. J’y ai cru et je n’ai rien lâché du début à la fin. Je ne voulais pas perdre, en me disant deux virages avant je n’ai pas forcé. Et c’est mort. Nous je voulais juste ne rien regretter. J’ai pensé toute la journée aussi qu’il me restait huit tours de course à faire avant de partir en vacances et avoir les pieds dans l’eau ! Et voilà… »

 

 

Hervé Bombrun