david-lappartient23_1Après deux mandats à la tête de la FFC, David Lappartient a fait le choix de ne pas se représenter à la tête de notre fédération. Il détaille les raisons de son choix pour France Cyclisme.

 

Président, vous avez décidé de ne pas briguer un 3e mandat à la tête de la FFC, pouvez-vous nous en donner les raisons ?

 

David Lappartient : J’ai pris cette décision après avoir mené une longue réflexion. Il m’apparaît en effet que mon engagement à la tête de notre fédération devient difficilement compatible avec mon implication internationale à la tête de l’UEC (Union Européenne de Cyclisme), avec la présidence du Conseil du Cyclisme Professionnel et la vice-présidence de l’UCI (Union Cycliste Internationale). J’ai donc choisi de poursuivre durablement mon investissement au niveau international, et je ne souhaite pas que la Fédération Française de Cyclisme, institution au sein de laquelle je suis élu depuis 20 ans, puisse en pâtir en ce qui concerne son développement.

 

Pourquoi procéder à cette annonce si tôt ?

 

J’ai souhaité le faire aujourd’hui, car nous sommes à plus de cinq mois des élections fédérales. Cela laisse ainsi le temps aux futurs candidats de s’organiser et de proposer leur projet aux clubs, aux comités départementaux, régionaux. Je suis convaincu qu’il existe au sein de notre fédération des hommes en capacité de relever ce défi, aptes à continuer à faire rayonner le cyclisme français.

Je quitterai pour ma part mes fonctions de président de la FFC, le 11 mars 2017 avec la satisfaction du devoir accompli, le sentiment d’avoir œuvré avec passion, ferveur, dynamisme pour le développement de notre sport. Je suis fier, ému au moment de faire cette annonce, car pendant huit années j’ai représenté nos clubs qui sont l’âme de notre grande institution. J’ai toujours agi dans leur intérêt, en faveur également de nos licenciés et de nos comités.

 

Vos projets ont également été porteurs…

 

« Un vent de modernité » et « pour un cyclisme conquérant » furent le socle de mes engagements auprès de nos licenciés, et je me suis attaché à respecter mes engagements et à les partager avec les élus de la FFC, qui eux aussi œuvrent au quotidien pour la réussite de notre cyclisme. Ces huit années ont été riches de bonheur et de réussite. L’échec des derniers Jeux de Rio ne doit pas masquer l’exceptionnelle réussite des équipes de France et la position de numéro un de la France en cyclisme sur le plan mondial, toutes disciplines confondues. La France est aussi la 1re au classement des nations Élite. C’est une 1re historique. Nos jeunes triomphent dans toutes les catégories, juniors, Espoirs, chez les hommes comme chez les dames. C’est le fruit du travail de nos clubs, de nos structures de divisions nationales. Le succès de Pauline Ferrand-Prévot en 2013, à Ponferrada, restera aussi l’un des moments les plus forts de mon mandat.

 

La piste aussi vous doit ce magnifique Centre National du Cyclisme à Saint Quentin-en-Yvelines, projet pour lequel vous vous êtes battu.

 

La construction du Centre National de Cyclisme, avec son Vélodrome National, (son stadium de BMX qui n’était pas dans la commande de base), est un projet qui me tenait à cœur. J’ai toujours redoublé d’engagement afin de le voir aboutir, et c’est aussi l’une de mes grandes victoires. Il s’agit d’un outil exceptionnel au service de l’ambition du cyclisme français. J’ai de surcroît assuré son financement et sa pérennité pour les vingt-cinq prochaines années. Cet équipement est prêt pour accueillir les Jeux Olympiques 2024 que nous espérons tous voir à Paris. Ce Vélodrome enfin démontre que l’engagement des élus cyclistes peut fédérer tous les acteurs autour d’un projet ambitieux. La piste c’est aussi trois vélodromes couverts sortis de terre récemment sur le territoire national. Nous avons su Fédération Française de cyclisme redynamiser cette discipline, retrouver un niveau d’excellence dans les épreuves d’endurance. Le succès des Championnats du Monde piste UCI 2015 à Saint Quentin-en-Yvelines, m’a également procuré l’un de mes plus grands moments de président. La France a terminé 1re nation, là encore, avec à la clé cinq médailles d’or, dont quatre en sprint. Même si on a connu l’échec en 2016, je reste confiant quant à l’avenir du cyclisme sur piste en France pour lequel nous n’avons jamais consacré autant de moyens que ces trois dernières années. Des efforts qui constituent un investissement en vue de l’avenir.

 

Sous votre mandature, les titres se sont aussi accumulés

 

La France a gagné en huit ans 169 titres à l’échelon européen et mondial, et 385 médailles, démontrant la pertinence de notre engagement ainsi que l’excellence de nos athlètes.

Le VTT français est une référence, la France est la 1re nation au monde dans cette discipline depuis des années. Il y a eu le titre Olympique de Julie Bresset, ses titres de Championnes du Monde, comme ceux de Julien Absalon et Pauline Ferrand-Prévot.

Le BMX continue aussi de progresser fortement. Joris Daudet a été sacré deux fois Champion du Monde, Magalie Pottier a remporté elle aussi ce titre en Élite dames.

Je souhaite remercier Isabelle Gautheron et Vincent Jacquet les deux Directeurs Techniques Nationaux qui ont œuvré à mes côtés, ainsi que tous les cadres techniques et les personnels de la Direction Technique Nationale.

 

Vous avez aussi été moteur en qualité de président pour le développement de notre fédération, sa restructuration…

 

En effet, la réussite d’une politique se mesure en regard de l’évolution du nombre de ses pratiquants et de ses compétitions. Au cours de ma présidence, le nombre de licenciés a augmenté de

15, 08 % soit 12 953 licenciés. Le nombre d’organisations sur notre territoire national a terminé de décroître pour enfin augmenter de nouveau depuis cinq années suite à des dispositifs pris en faveur du loisir compétitif. En ce qui concerne les réformes importantes que j’ai eu le plaisir de mener, celle de la refonte de statuts et de la réforme de la gouvernance, ont permis à la Fédération Française de Cyclisme d’entrer dans une ère moderne. Elle a été adoptée avec près de 99 % des voix, démontrant ainsi que le « vent de modernité » que j’ai souhaité insuffler à la FFC a été largement partagé. Merci à tous, là encore.

 

Sur le plan médical et éthique, votre fermeté a été totale, là aussi.

 

J’ai suivi la droite ligne de mes prédécesseurs en la matière. Comme eux, j’ai toujours eu une position claire concernant l’éthique et la surveillance médicale réglementaire. Je tiens à remercier le Docteur Armand Mégret de son inlassable implication. Je vais continuer de me battre pour porter ces valeurs comme sur le dossier des corticoïdes par exemple. Les faits récents nous donnant malheureusement raison. En ce qui concerne le monde professionnel, je suis heureux d’avoir pu renforcer les liens FFC/LNC, et je salue le travail de Marc Madiot, avec qui j’ai toujours su trouver la complicité nécessaire pour la défense des intérêts du cyclisme français, le plus bel exemple à proposer, étant le coût des forces de l’ordre sur les épreuves cyclistes.

 

Quels sont à votre avis les défis que la Fédération Française de Cyclisme va devoir relever ?

 

Ils vont être nombreux. Je suis convaincu que mon successeur aura la compétence et l’énergie nécessaire afin d’y parvenir. Je souhaite d’ailleurs qu’il soit, comme je l’ai toujours affirmé, rémunéré pour l’exercice de sa mission, et je proposerai une résolution en ce sens lors de la prochaine Assemblée Générale. Je serai le dernier président bénévole de la FFC. Il faudra aussi que la FFC soit encore plus axée sur le numérique. C’est une priorité à mes yeux. Nous annoncerons d’ailleurs avant la prochaine AG, une innovation majeure qui sera déployée dès 2017. La Fédération enfin va devoir s’adapter à la nouvelle organisation territoriale, régionale ou intercommunale, ainsi qu’à la baisse des finances publiques, changements qui devront être appréhendés avec des nouvelles stratégies adoptées.

 

Concernant les finances, pouvez-vous en faire état ?

 

Elles ont toujours constitué un point de fragilité à la FFC. Si la situation nette au jour de mon élection en 2009 s’établissait à – 1.497 K€ elle n’est plus aujourd’hui que de -147 K€ soit une amélioration de 1.350 K€ avec l’ambition que ces fonds propres redeviennent positifs à la clôture de cet exercice. Par ailleurs, je n’aurai pu réussir la mission qui m’a été confiée sans l’aide des élus de la FFC, des salariés de la Fédération, de nos cadres techniques, dirigeants, athlètes et bénévoles. Sans oublier les membres du Bureau Exécutif.

 

Quels vont être vos projets à l’avenir ?

 

Je le dis une fois encore j’ai été très fier de présider les destinées du cyclisme français pendant huit ans, et j’espère pouvoir continuer à le faire au niveau international. J’aime trop le cyclisme pour le quitter. Je vais être candidat au renouvellement de mon mandat en qualité de président de l’Union Européenne de Cyclisme en mars prochain. J’espère encore pouvoir servir mon sport pendant de longues années. Une chose est certaine j’aurai toujours la même énergie pour relever tous types de défis en faveur du cyclisme, comme je l’ai fait tout dernièrement en organisant en l’espace d’un mois les tout premiers Championnats d’Europe sur route professionnels sur mes terres bretonnes de Plumelec. C’est cette énergie que je veux continuer à déployer.

 

France Cyclisme